Groupement Belge d'Attelage
Belgische Nationale Mengroepering

Le mot du Président

La fin de la saison estivale s'annonce à grands pas et nous pouvons nous réjouir du bon déroulement des rencontres  /  Concours de Tradition  de Drongen,  Torhout,  Middelkerke-Westende,  La Panne,  Bruges
et Barvaux-Condroz.

Merci aux organisateurs et leurs équipes de bénévoles.

Les concours de Tessenderlo et Nokere s'annoncent avec tout autant d'enthousiasme.

Pour cet hiver des clinics sont en préparation et vous seront communiquées en temps utile, si possible par "mail"
si votre adresse électronique a été communiquée au secrétariat (vanderhaertevelyne@yahoo.fr)

Les résultats obtenus par nos membres à l'étranger sont restés dans le haut des classements à divers concours, ce qui confirme la qualité de nos meneurs, le bon dressage de leurs chevaux/poneys et le soin qu'ils portent à leur matériel. Félicitations à toutes les équipes (ou "équipages" pour rester dans la Tradition), qui contribuent au succès des performances de ces combinaisons.

Bonne persévérance à tous !

Joseph de Faudeur - Président


 

La Tradition du menage"à l'Anglaise"

Lettre ouverte N°2 de Carlo Gnecchi-Ruscone
                                                                                                                                                Inzago - Juillet 2008

Un plaisir réservé à une élite raffinée et exigeante

J'ai été sollicité par certains meneurs, me demandant de bien vouloir éclairer le concept et surtout la portée des principes du " menage à l'anglaise".

Il semblerait que beaucoup d'entre eux croient, à tort, que cette méthode de menage ne concerne que les seuls meneurs à quatre chevaux qui donc emploient quatre guides. Ce qui n'est pas du tout le cas.

Même si désormais, après ma première "Lettre Ouverte" : Le Concours d'Attelage de Tradition est il vraiment fidèle à la Tradition ? Publiée en juillet 2005, j'ai l'impression d'être "la voix qui prêche dans le désert ........".

Tenue des guides " Four in hand"


Je vais essayer, pour la deuxième fois de revenir sur l'argument du "menage à l'anglaise", et d'approfondir en particulier l'aspect relatif au menage des attelages à un et en paire.

Lançant une fois encore à tous vents mon appel pour la sauvegarde de cet art du menage, aussi raffiné qu'oublié ... (mais peut être ne devrais-je pas désespérer car il semble que mes premières sollicitations aient provoquées une lente et mûre réflexion, entrainant une révision positive des règlements, par les associations d'attelage les plus fidèles à la Tradition (par exemple en remplaçant la Maniabilité par les Manœuvres de Tiffany).

Le menage à l'anglaise, contrairement à ce que beaucoup de meneurs pensent, n'est pas uniquement pratiqué par les meneurs d'attelages à quatre, mais peut aussi bien s'appliquer à l'attelage à un et à l'attelage en paire. Il concerne donc TOUS les meneurs.

Il est possible que cette croyance soit dû au fait que le célèbre ouvrage d'Edwin Hewlett " Leçons de Guides " ne s'adresse qu'aux meneurs à quatre, mais ce que personne ne sait est que " le maître " donnait aussi des leçons pour le menage à un et en paire, et, ce qui apparaît le plus surprenant, est que certaines de ces leçons lui étaient demandées par des meneurs expérimentés en attelage à quatre (voir " Les Guides " de Donatien Levesque, élève de Howlett).

Sachant que : Il faut avant tout souligner que la méthode de menage "à l'anglaise" n'est pas seulement une question de style (codifié par la Tradition de la fin du XIXème siècle, par ses maîtres, à commencer par Howlett, puis Achenbach et ses élèves) mais que c'est bien plus que cela et je vais essayer de l'expliquer :

Il ne s'agit pas seulement de l'invention d'une nouvelle position plus correcte des mains et de leur utilisation pour une question de style (comme se pourrait être la façon correcte de tenir ses coudes ou les couverts à table) mais surtout la constatation que cette méthode est la seule façon correcte de transmettre aux chevaux, et d'une façon indépendante, les ordres des guides (main gauche) et du fouet (main droite).

Donatien Levesque, dans son premier livre "Les Guides", à la page 14, décrit le principal défaut du meneur : " celui de se servir du fouet tenu dans la main droite, tout en conservant dans cette même main la guide droite qui subit une secousse et un relâchement "

Ceci valant tant pour les meneurs à quatre (les mots four-in-hand signifient littéralement " 4 guides dans une main ") que pour les meneurs d'attelages à un ou en paire (pour lesquels il faudrait inventer les mots two-in-hand ? car ils doivent absolument garder les deux guides dans la seule main gauche.

Le menage "à 2 mains" (ou style "western"


(nous n'utiliserons pas les mots menage " de charretier " car nous ne voudrions pas offenser cette respectable corporation qui, au moins dans nos régions, avait elle aussi pour tradition de tenir les guides dans la seule main gauche, exactement comme le font ( ou devraient le faire !) les " carrossiers "...

Le menage " à 2 mains " est certainement plus spontané et plus facile mais aussi plus rustique que le menage" à l'anglaise " qui est plus élaboré et raffiné, mais cette façon de mener n'est pas compatible avec la Tradition Classique (si par Tradition Classique nous entendons celle introduite par E.Howlett et qui s'est imposée dans toute l'Europe dès1880) et qui , à notre grand regret tend de plus en plus à disparaître ( si bien que l'on considère comme des bêtes curieuses les meneurs qui la pratiquent, et cela durant toutes les épreuves d'un concours complet ! il en existe et, j'en connais au moins deux ! (un italien et un français).

NOTE : Donatien Levesque, à la page. 79 de son livre " Les Grands Guides " paru en 1886, écrit :"On mène à quatre d'après la méthode anglaise, la méthode française, la méthode allemande et la méthode fantaisiste ".

La méthode de fantaisiste n'est pas même décrite, ce qui arrive au contraire pour les autres, mais " escamotée " en quelques mot : " La méthode fantaisiste est extrêmement employée mais ne s'avoue pas ".

Il faut noter que les trois méthodes dignes d'être décrites (anglaise, française et allemande) prévoient les quatre guides gardées dans la seule main gauche.

Le menage "à 2 mains" a toujours fait partie de la tradition des pays de l'Est Européen et de l'Ouest des Etats-Unis. Puis elle a été " admise " par le Règlement FEI, en 1970 pour les compétitions d'attelage de technique pour lesquelles la totale liberté des méthodes de menage est prévue, et cela pour ne pas exclure - a priori - les pays de grande tradition équestre comme la Hongrie et la Pologne.

Le menage "à 2 mains" a eu une grande diffusion en compétition, car on a constaté que les meneurs hongrois allaient plus vite que les autres dans les obstacles et donc qu'ils pouvaient réaliser des parcours à une vitesse supérieure dans les épreuves de vitesse au chronomètre, qui sont, elles aussi, incompatibles avec la Tradition.

C'est donc un contresens évident et grave que d'accepter le menage à deux mains dans nos Concours que nous appelons " de Tradition ".

Il faut admettre que les anglais ont un admirable "sense of humor" : quand j'ai exposé ma contrariété de ce menage " à 2 mains " dans les Concours de Traditions et d'Elégance, une haute personnalité m'a répondu : ce n'est pas dramatique : " it's like to have a cup of tea, drinking from a glass".

Incompatibilité avec la Tradition Classique


Le menage " à l'anglaise " n'est pas un fait en soi, mais le point plus évident de la culture de la Tradition devenue Classique, qui comprend de nombreux éléments, comme par exemple :

  • Pour le Meneur : la bonne position sur le siège, avec l'épaule droite légèrement avancée, l'utilisation du coussin de guide, la tenue et l'élégance du comportement, la tenue et l'emploi correct du fouet, l'utilisation du frein à main... NOTE : le Général Carlo Volpini, dans son livre " L'Arte di guidare i cavalli ", à la page. 50, écrit :" on ne doit pas utiliser le frein pour arrêter la voiture ; ce sont les chevaux qui doivent l'arrêter "

  •   Pour le Cheval : " il doit avoir un dressage complet comme aux temps où on l'employait tous les jours ". La race, aussi, est importante ainsi le port de tête ".

  • Pour le Harnais : il doit être bien réglé mais aussi bien adapté à la voiture.

  • Pour la Voiture : le plus possible authentique en toutes ses parties, couleurs sombres et restauration de conservation.

Mais il n'y a pas seulement le menage "à 2 mains" qui n'est pas compatible avec la Tradition.

On peut dire la même chose pour l'allure du galop et enfin aussi pour les freins à disque.

Il est vraiment surprenant qu'aujourd'hui, dans les Concours de Tradition, soit considérée obligatoire l'utilisation du couvre-chef, des gants ou du tablier (qui font partie seulement du style) et que l'on oublie d'envisager d'autres éléments bien plus fondamentaux, comme La méthode de menage ou l'utilisation correcte du fouet.

Et encore, faudrait-il avoir le courage d'abandonner le culte de la vitessequi ne fait pas partie de la Tradition, pour remettre en valeur le calme, la précision et la qualité du menage.*

Même " à la vieille époque " on voyait des voitures qui allaient au galop, mais ce n'était sûrement pas celles des gentilshommes, et déjà à cette époque elles étaient très critiquées par les gens distingués. Dans les Concours d'Attelage, et en particulier pour la maniabilité, il est normal que ce soit une épreuve de vitesse chronométrée, tandis qu'au contraire, dans la Tradition il faut l'épreuve soit jugée sur la qualité du menage, ce qui est évidemment tout à fait incompatible avec l'exigence de la vitesse.

La devise de la Tradition pourrait être "Nous ne sommes pas pressés, un gentilhomme a tout son temps". Enfin, en ce qui concerne les freins à disque, il est indéniable qu'ils sont plus efficaces que les freins traditionnels ; mais il est vrai aussi que si on fait un usage correct d'une voiture ancienne, c'est à dire conforme à la Tradition, il n'est pas nécessaire de la gâcher avec une mécanique qui, entre autre en diminue la valeur. Différent est évidemment le cas d'une voiture moderne, copie d'une ancienne, utilisée pour promener le public.

En conclusion


Le menage "à 2 mains" est admis dans le règlement des Concours de Tradition avec la conviction générale est qu'il serait trop difficile à la majorité des meneurs d'apprendre à mener à l'anglaise ... Mais, cela faisant, on fait grand tort à la Culture et à la Tradition tout en sous estimant tous de nombreux meneurs qui ne demandent qu'a connaître et apprendre une technique de menage de meilleure qualité, qui les valoriseraient.

Malheureusement les organisateurs, pour des raisons économiques mais certainement pas culturelles, privilégient le critère de la quantité à celui de la qualité des meneurs présents à leurs concours.

Mais je reste cependant convaincu que le menage "à l'anglaise", né pour une élite ne deviendra jamais un phénomène de masse et donc on ne devrait pas renoncer à la distinguer du menage de compétition qui n'a aucune règle.

Je crois aussi que les meneurs, 10 ans après la naissance des Concours de Tradition, sont mûrs pour affronter un discours sur la qualité de menage, même si ceci devra certainement comporter une sélection et la nécessité de suivre des cours de menage.

On sait que quelques fois les organisateurs n'admettent pas les voitures qui ne sont pas d'époque ; à plus grande raison ils ne devraient pas admettre les meneurs qui n'ont pas appris à mener " à l'anglaise ". Puisque c'est un devoir des Associations de promouvoir et diffuser la culture du menage classique, elles devraient comprendre que le menage " à 2 mains " n'est pas tolérable dans un Concours de Tradition. Le fait que quelques uns des textes fondamentaux les plus rares sont, aujourd'hui introuvables sur le marché comme " L'Arte di guidare i cavalli " du General. Carlo Volpini (pour l'Italie), ou " Les Guides " et " Les Grandes Guides " de Donatien Levesque (pour la France), sont complètement inconnus car personne n'a pris l'initiative d'en faire une réédition ; donne bien l'idée du général manque général de Culture.

Je terminerai en évoquant un souvenir de jeunesse :

Dans les premières années d'après guerre, chez nous on voyait circuler encore quelque charrette ou voiture hippomobile, pour la seule raison que les rares automobiles qui n'avaient pas été réquisitionnées par les Allemands, ne trouvaient pas l'essence nécessaire à les faire fonctionner. Mes grands parents avaient donc fait équiper d'un gazogène à charbon (" a carbonella ") leur voiture Lancia Dilambda, la chaudière étant installée à l'arrière de la voiture.

Pour chauffer le moteur, on attelait une paire de chevaux qui pendant une bonne demi heure tirait la Dilambda tout autour de la fontaine de la cour.

Et voici expliquée la raison pour laquelle, même chez nous " l'autista " était appelé " chauffeur ".

Quand le moteur était assez chaud, on dételait les chevaux et on montait en voiture.

Je me souviens aussi que quand ma grand mère montait en auto, en se souvenant du vent qu'elle recevait normalement en voiture à cheval, se mettait un journal sur la poitrine pour se protéger, et dès que le chauffeur prenait une allure trop soutenue, elle le grondait en disant : "va adasi, minga pussé svelt d'un brümm" (lentement, pas plus vite qu'un fiacre) et elle ne pensait certainement pas à un fiacre qui allait au galop !. C'était une question de style et d'éducation.

Aujourd'hui, en me rappelant cette scène, je me souvient de la célèbre phrase qu'Alexandre Manzoni avait mis dans la bouche du Gouverneur espagnol de Milan au XVII siècle, qui disait à son cocher : "Adelante Pedro, con judicio"(Avance Pedro, mais lentement !)

La morale de la fable est que les bonnes manières dans le menage d'une voiture ont une tradition vieille d'au moins 400 ans ; ne l'oublions pas aujourd'hui alors que nous sommes chaque jour, victimes de la vitesse !

Nouvelles de Suisse

Il nous vient une excellente nouvelle de Suisse. Depuis un certain temps, on y est à la recherche d'un autre type de concours, plus près de la tradition. C'est par Carlo Gnecchi-Ruscone que nos amis Suisses ont pris connaissance du nouveau règlement belge. La société Suisse d'Attelage de tradition (abrégé SAT, ou GFK en allemand), récemment restructurée et dont le président est maintenant Andres Furger, a repris l'essentiel de notre règlement Belge, y compris les vitesses, les classifications de concours et surtout les Tiffanys. Je cite (librement) la raison sociale de la SAT :

"La Société Suisse d'Attelage de Tradition se réfère au "pleasure driving" ancestral, qui a été importé de l'Angleterre vers le continent européen au 19e siècle. Ce type d'attelage a vécu son apogée vers 1900, avec diverses variantes notamment en milieu rural. La Société Suisse d'Attelage de Tradition s'intéresse tout autant aux attelages campagnards avec un beau break qu'aux deux-roues champêtres et au même titre aux nobles équipages comme les grandes voitures de chasse ou les mylords. En tant que pays alpin, la Suisse connaît une riche tradition dans le domaine de voitures de poste et de charettes. Nous attachons beaucoup d'importance à ces aspects de notre histoire, conformément à notre devise qui est placée sous le signe de 'l'histoire vécue".

C'est le 1 juillet que Micaël Haldenwang organisera au manège à Geneveys-sur-Coffrane le premier ITDM en Suisse. Celui-ci sera suivi, le 30 octobre, par un autre ITDM organisé par  la Société Vaudoise d'Attelage. Nos amis Suisses et Italiens et nous-mêmes tiennent à maintenir une similitude dans nos règlements, ou encore mieux, à évoluer vers un règlement d'attelage de tradition identique. Peut-être que notre règlement actuel, dans le futur, ne portera peut-être plus le nom 'Règlement BDA'.

Tout cela signifie deux choses : d'abord on évolue vers une autre approche de l'attelage de tradition, et ensuite nous constatons que la BDA se trouve en tête de peloton. Il se passe vraiment des choses importantes et intéressantes à la BDA. Continuons à travailler sur cette voie.
www.kutschenfahrkultur.ch

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